Dr. Sami Kleib / مؤسس ورئيس تحرير: د.سامي كليب

Ah….Ces photos souvenirs et leur vérité bien choquante ! Nadine Sayegh-Paris

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news room November 18,2020

Nadine Sayegh-Paris

En cette période de confinement, l’ambiance s’y prête pour nous replonger dans nos tiroirs, abandonnés longtemps pour un quotidien trépidant et

frénétique. On retisse virtuellement ces liens sociaux perdus. On feuillète nos albums, nos photos numériques ou papiers, par nostalgie de ce temps métamorphosé, pour rafraichir la mémoire de ce passé oublié et pour nourrir notre cœur assoiffé.
 
La photo est ce long voyage à travers le temps, ce capital familial et personnel. Et c’est bien ce patrimoine qui a poussé nos aïeux jusqu’à photographier leur défunt le jour de leur mort, pour le garder éternellement !
Si de nos jours elle est passible d’amende, au XIX siècle, la photo mortuaire ou post-mortem était une pratique courante. On photographiait les morts au milieu des vivants le jour de leur décès grâce au daguerréotype, ce processus luxueux qui a rapidement gagné le tout Paris avant d’envahir la grande Bretagne victorienne et les pays anglo-saxons.
Comment l’idée en est-elle venue ?
A cette époque, le seul souvenir qui reste d’un vivant est son portrait, bien onéreux pour beaucoup de gens. Or, la mort est omniprésente. La mortalité infantile est élevée, le niveau sanitaire rudimentaire, les maladies grouillent de partout et les guerres sont nombreuses. Dans ce contexte, la mort devient une obsession. Et la photo-souvenir une obligation. On pratique la veillée funéraire, des morgues sont ouvertes au public et les macchabées exposés dans des vitrines jusqu’à 3 jours, si le cadavre a du succès !
 
De la chambre noire au……
La photographie en tant que telle a profité de nombreuses innovations aussi bien techniques que technologiques. Son évolution a suivi celle de l’optique, de la chimie, de la mécanique, de l’électricité, de l’électronique et plus récemment celle de l’informatique. Son ancêtre, la chambre noire, était déjà bien connue par Aristote, Ibn Al-Haytham et bien sûr par Leonard De Vinci. En 1822, le français Nicéphore Niepce met au point le principe de la photo gravure ou héliogravure.  Et en 1832, avec son associé le peintre Louis Daguerre, ils réduisent le temps de pose, de plusieurs jours à une journée, et en 1838 Daguerre met au point le daguerréotype, ce précurseur de la photographie qui produit une image sans négatif, sur une surface d'argent exposée directement à la lumière. Pour la première fois, une reproduction directe et précise de la réalité est obtenue.
 
Mais pour conserver le mort….
Comme le précise l’archéologue, Jennifer Kerner : « A cette époque, la thanatopraxie est en pleine expansion. Mais la principale difficulté est de rendre le regard du défunt vivant. Le photographe commence alors par coudre la bouche pour la garder en place et les paupières ouvertes, puis il fait rouler les globes oculaires grâce à un manche de cuiller à soupe. Ensuite il installe le mort au milieu de sa famille, à l’aide d’un certain nombre d’instruments, notamment un trépied, pour le maintenir dans une position droite. Difficile alors de distinguer le mort du vivant » et difficile de voir des visages souriants par la même occasion !
Si l’histoire retient 1839 comme date conventionnelle de l’invention de la photographie par Daguerre, 1861 marque la réalisation de la 1ère photo couleur de Thomas Sutton.
Dès la fin du XIX siècle, les développements se multiplient et les moyens « basiques » commencent à disparaitre au détriment des 1ers appareils photos personnels, les Kodak, qui ont permis de photographier nos proches de leur vivant et de pouvoir créer ce support papier qui a commencé à s’estomper avec l’arrivée du numérique, faisant oublier avec lui cette couleur jaunâtre et cette odeur, caractéristiques propres des années d’antan !

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Nadine Sayegh-Paris

الكاتب:Nadine Sayegh-Paris

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