Dr. Sami Kleib / مؤسس ورئيس تحرير: د.سامي كليب

Adieu Jérusalem : Un roman d’amour géopolitique

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news room September 14,2020

Adieu Jérusalem : Un roman d’amour géopolitique    

 

Le coronavirus a incité de plus en plus de lecteurs à fouiller dans leurs bibliothèques pour chercher des romans traitant d’épidémies afin de donner sens à ce que l’on vit actuellement. Adieu Jérusalem, un roman rédigé par l'écrivaine- journaliste française Alexandra Schwartzbrod lauréate du prix de la littérature policière en 2010. Ce récit attire particulièrement notre attention, en tant que lecteurs arabes, parce qu’il traite deux thèmes actuels importants : l’émergence d’une épidémie ancienne et le conflit israélo-arabe.

 

L’histoire commence par l’explosion d’un institut qui fabrique des armes biologiques dans la ville de Kazan en Russie. Suite à cette explosion, le bacille responsable de la peste noire «Yersinia pestis » se répand dans la ville. Malheureusement, Mounir Baraké, technicien de laboratoire touché par la bactérie virulente, se rend le lendemain de l’explosion à l’Arabie saoudite pour le pèlerinage et contamine à son insu plusieurs pèlerins. Ainsi, la peste  ravage la Mecque et provoque la mort atroce des milliers de gens. Les autorités saoudiennes ferment la ville et empêchent toute sortie pour enrayer l’épidémie. Les pèlerins, voyant leurs frères succombés à la maladie et ne comprenant pas la cause de ce malheur inconnu, accusent les juifs d’empoisonner l’eau de Zamzam pour tuer les musulmans. Cette rumeur parcourt le monde islamique d'Istanbul en passant par l'Inde et arrive jusqu’à Israël. Les Palestiniens, furieux, se soulèvent contre le gouvernement sioniste et un nouveau cycle de violence commence en Terre Sainte. Les Israéliens répriment cruellement les manifestations palestiniennes qui répondent à leurs usurpateurs par des attentats suicides. Les territoires occupés s’embrasent et le gouvernement israélien extrémiste essaye d’exploiter la situation pour déporter tous les arabes d’Israël vers d’autres pays. 

 

Ancienne correspondante du quotidien » libération » à Jérusalem, l’auteure semble bien connaître la géopolitique du Moyen-Orient et les divisions qui régissent la société israélienne. Elle nous montre l’injustice subie par le peuple palestinien assiégé à Gaza et en Cisjordanie en décrivant la misère, l’humiliation et la souffrance quotidienne des gens qui sont enfermés comme des bêtes en cage. Tout au long du roman, l'écrivaine se positionne contre la violence et tente de défendre la possibilité de la coexistence entre deux peuples sur la terre de Palestine en donnant la parole à des figures emblématiques de la paix qui défendent la démocratie et les droits de l’homme, parmis eux ; l’activiste laïc Ziv killman, et le Secrétaire Général de l'ONU Rein Laristel. La visée idéologique pacifique de l’auteure transparaît également à travers l’histoire d'amour entre l’arabe israélien Eli Bshara et la belle Juive Anna Güler. La romancière valorise l’effet du sentiment amoureux qui peut dépasser les hostilités et attiser la haine  raciale entre les peuples.

 

Le roman nous informe également sur la division de la société israélienne et la faille existante entre les partisans de solutions dures pour le conflit israélo-arabe et ceux qui préconisent des solutions de conciliation, de compromis. Le récit  met aussi en relief l'influence de la mafia russe sur la politique intérieure d’Israël. En effet, Andreï Sokolov qui est un immigré juif d’origine russe et très riche, tente de gagner, grâce à son argent, les élections à Jérusalem afin de devenir le maître du monde vu l’importance que cette ville revêtait pour les trois religions monothéistes. La narratrice signale aussi la crise identitaire que vivent les Israéliens d’origine arabe; d’une part, ils sont obligés d’obéir au gouvernement israélien raciste à cause de leur nationalité, et d’autre part, ils ne peuvent pas négliger la souffrance des palestiniens vivant en Cisjordanie séparés de leurs confrères par le mur de l'apartheid       .

 

Ce roman passionnant, même s’il est loin d’épouser le point de vue arabe sur le conflit, constitue une occasion pour comprendre les intentions réelles des gouverneurs d’Israël envers le peuple palestinien. En effet, les Israéliens surtout les ultra-orthodoxes rêvent toujours d’expulser les palestiniens vers la Jordanie en profitant de l’appui inconditionné des Etats- Unis pour commettre leurs crimes. Ils attendent seulement le bon  moment pour réaliser leur désir de vivre dans un état purement juif. La fin du roman qui annonce la chute de Jérusalem et la  disparition d’Israël semble en résonnance avec la politique  coloniale et de courte vue que mène ses dirigeants. 

 

Le récit d’Alexandra, quoique rapide et bouleversant, colle à la réalité  actuelle ; étant donné que le Premier ministre israélien Netanyahu cherche énergiquement à annexer la Cisjordanie et à expulser les Palestiniens. Également, l’histoire de l’épidémie de la peste noire provoquant une panique mondiale fait écho à celle de Covid- 19; surtout qu’au début de la pandémie de coronavirus plusieurs personnes ont pointé du doigt Israël et l’ont accusé d’avoir créé le microorganisme mortel. Le récit montre aussi la lutte des hommes pour vaincre la maladie dans une situation de pénurie des médicaments et des vaccins.

 

Adieu Jérusalem, est un roman intéressant à découvrir à condition d’être vigilant et clairvoyant en ce qui concerne l’histoire de Palestine ; parce que la véritable nature du conflit n’est pas  religieuse et ethnique comme le suggère la romancière,  mais plutôt c’est un conflit entre un  colonisateur raciste  et  un peuple dominé qui ne trouve pas d’issue que la lutte armée.

الكاتب

Salwa Dbouk Enseignante -Liban

الكاتب:Salwa Dbouk

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